SAEG / AGROPAG : La réforme agricole avortée, deux entreprises publiques sans budget ni direction
La SAEG sous administration provisoire : audit et sécurisation du patrimoine ordonnés
L 'ambition agricole à l'épreuve, deux ans après sa création, la SAEG en faillite : 90 jours pour éviter le naufrage. Un audit pour faire la lumière sur le patrimoine et les arriérés de salaires dont l'État promet un apurement progressif apres avoir nommé un DG administrateur provisoire. Mais question demeure, pourquoi la SAEG, censée disparaître au profit d'AGROPAG, est placée sous administration provisoire?
Libreville, 9 octobre 2026 - Créée pour être le bras armé de l'État dans la souveraineté alimentaire, la Société d'Agriculture et d'Élevage du Gabon (SAEG) est placée sous administration provisoire. Une décision qui acte l'échec de sa suppression au profit d'AGROPAG et ouvre une phase d'audit.
De la création à la tentative de dissolution La SAEG avait été créée par l'ordonnance n°0013/PT/MAEP du 31 août 2024 et ratifiée par la loi n°032/2024 du 30 janvier 2025. Jugée peu performante, elle est supprimée le 26 février 2026 par le Conseil des ministres.
Le texte prévoyait que « les compétences, les activités ainsi que tous les patrimoines initialement dévolus à la SAEG sont de plein droit transférés à la Société Agropastorale du Gabon (AGROPAG) ». Le patrimoine en question comprenait, selon la presse locale, un budget de cinq milliards de francs CFA, du matériel roulant, des moyens logistiques et le personnel.
Mais la bascule ne s'est jamais achevée. Un vide juridique constaté le 8 octobre Réuni le 8 octobre 2026 sous la présidence de Brice Clotaire Oligui Nguema, le Conseil des ministres a examiné la situation des deux entreprises. Faute de ratification, les ordonnances n°0014/PR/2026 et n°0015/PR/2026 du 26 février 2026, qui prévoyaient la dissolution de la SAEG au profit d'AGROPAG, sont devenues caduques. Conséquence : « La SAEG demeure donc le support juridique de l'action de l'État dans le secteur, mais elle est aujourd'hui privée d'organe de direction ».
Pendant ce temps, AGROPAG, dotée à sa création de deux milliards de francs CFA et présentée comme vitrine de l'autosuffisance alimentaire, tourne au ralenti. Au mois d'août, plusieurs employés accusaient quatre mois d'impayés, faute de budget adopté malgré « cinq conseils d'administration » organisés en trois mois. 90 jours d'administration provisoire et un audit Pour éviter le pillage des actifs, le Conseil a décidé de placer la SAEG sous Administration Provisoire pour une durée maximale de quatre-vingt-dix (90) jours. Cette administration est confiée au Directeur Général de l'Agriculture, qui l'exercera en plus de ses fonctions et sans rémunération supplémentaire. Il aura pour missions de sécuriser le patrimoine de la société, puis de conduire son audit et sa revue stratégique.
L'audit devra évaluer l'état réel des fermes de Ntoum, Lékabi, Ndendé et Oyem, sécuriser les véhicules et tracteurs, clarifier la situation foncière et comptable, et proposer une nouvelle gouvernance. La question sociale Au regard des arriérés de salaires accumulés à la SAEG et à AGROPAG, le Conseil a instruit le Ministre de l'Économie de procéder en urgence au règlement d'un premier tiers de ces arriérés, le solde devant être apuré selon un échéancier à convenir. Deux ans après sa création, la SAEG illustre les limites de la réforme agricole : une succession d'ordonnances sans ratification parlementaire, une fusion inachevée et une crise de trésorerie qui menace l'objectif affiché de souveraineté alimentaire.
