Expulsion massive en Guinée-Équatoriale : « Libre circulation » ne veut pas dire « libre installation »
Libre circulation en CEMAC : circuler n’est pas s’installer sans règles. Entre intégration régionale et respect des lois nationales, le débat sur les expulsions en Guinée équatoriale mérite d’être posé sans passion.
L a libre circulation des personnes constitue un acquis majeur de l’intégration en zone CEMAC. Mais elle ne signifie pas que les frontières nationales disparaissent, ni que tout ressortissant communautaire peut s’installer, travailler ou exercer une activité sans respecter les règles du pays d’accueil.
La décision de la Guinée équatoriale de renforcer les contrôles et de procéder à des expulsions de migrants, notamment camerounais, relance le débat sur la portée réelle de la libre circulation en zone CEMAC. À ce stade, les ressortissants gabonais ne semblent pas être concernés par cette opération. Mais au-delà des réactions passionnelles, une question mérite d’être posée : savons-nous réellement ce que signifie la libre circulation ? La CEMAC vise la construction d’un marché commun fondé notamment sur la libre circulation des personnes, des biens, des capitaux et des services. Mais cette liberté s’exerce conformément aux textes communautaires et aux législations des États membres. La réglementation distingue notamment les personnes en déplacement, les travailleurs, les professionnels indépendants et les personnes qui souhaitent établir leur résidence ou exercer durablement une activité.
Autrement dit, libre circulation ne signifie pas libre installation sans formalités. Prenons une image simple : vous pouvez accueillir un ami chez vous pour une visite. Le fait d'avoir ouvert votre porte ne signifie pas pour autant que vous lui avez cédé votre maison. S'il souhaite y vivre durablement, il faut alors changer de statut et obtenir votre accord. C'est précisément là que se situe une partie du débat actuel : la mobilité communautaire ne doit pas être confondue avec le droit de s'établir durablement en dehors de tout contrôle administratif. La CEMAC elle-même reconnaît le principe du droit d'établissement, ce qui montre bien que circulation et établissement constituent deux dimensions distinctes du processus d'intégration. Plusieurs directives communautaires encadrent d'ailleurs spécifiquement l'établissement et l'exercice de professions ou d'activités dans un autre État membre. Dès lors, le véritable enjeu n'est pas de remettre en cause la libre circulation. Il est de faire respecter ses règles, tout en permettant aux États de contrôler les conditions de séjour, d'emploi, d'installation et d'exercice des activités économiques sur leur territoire. La CEMAC ne peut fonctionner que sur la base d'un équilibre : liberté de circuler, responsabilité du migrant et respect de la souveraineté des États. Le débat devrait donc être posé avec davantage de rigueur. Défendre la libre circulation ne signifie pas défendre l'absence de contrôle. De même, lutter contre l'immigration irrégulière ne devrait pas conduire à remettre en cause le principe communautaire de mobilité. Pour le Gabon comme pour les autres États membres, l'enjeu est finalement le même : faire de la libre circulation un instrument d'intégration et de développement, et non un moyen de contourner les règles nationales d'établissement, d'emploi ou de séjour.
La CEMAC gagnerait ainsi à mieux informer ses citoyens sur leurs droits, mais aussi sur leurs obligations. Car une communauté régionale solide ne peut reposer uniquement sur la liberté de circuler ; elle repose également sur le respect des règles communes et des lois de chaque pays.Point de prudence éditoriale : j’ai volontairement retiré les passages visant collectivement les Camerounais comme « toxiques », « nuisibles », « racaille », etc. Ils fragiliseraient fortement l’article sur le plan journalistique et transformeraient une critique des politiques migratoires en attaque contre une nationalité. Le même argument est beaucoup plus efficace lorsqu’il vise les comportements irréguliers et le respect des règles, plutôt qu'une population entière.
