CNAMGS : 120 000 faux GEF et des évacuations sanitaires à l'aveugle
Dans son rapport 2026, la Cour des Comptes pointe deux bombes à retardement pour l'assurance maladie gabonaise : un fichier GEF gangréné par la fraude et des évacuations à l'étranger payées sans justificatifs. La solvabilité du système est menacée.
L a Cour des Comptes gabonaise a levé le voile sur la gestion de la CNAMGS. Sur près d'un million de bénéficiaires déclarés au Fonds des Gabonais Économiquement Faibles (GEF), 120 000 seraient fictifs. Parallèlement, le système des évacuations sanitaires souffre d'une absence totale de traçabilité : la Caisse paie des factures étrangères sans pouvoir vérifier les soins réalisés. Deux dérives qui plombent les comptes d'un dispositif financé par les taxes sur la téléphonie et les transferts d'argent.
LIBREVILLE – C'est l'un des constats les plus sévères dressés par la juridiction financière cette année. Dans le cadre de son rapport portant sur 329 audits, la Cour des Comptes a audité la Caisse Nationale d'Assurance Maladie et de Garantie Sociale (CNAMGS) et son Fonds des GEF. Le verdict est tombé de la bouche même de son Premier Président de la Cour des Comptes, Alex Euv Moutsiangou. « On a trouvé pratiquement 120 000 faux Gabonais économiquement faibles », a-t-il déclaré à l'Agence Gabonaise de Presse, appelant à « nettoyer » le fichier des bénéficiaires. Concrètement, sur près d'un million de personnes inscrites, seulement 900 000 sont effectivement prises en charge, les 120 000 autres étant indûment enregistrées. Une fraude massive qui pèse directement sur le financement du fonds, alimenté par des prélèvements sur la téléphonie mobile et les transferts de fonds, et qui nécessite selon la Cour « des mécanismes plus efficaces pour garantir son bon fonctionnement ».
« La CNAMGS ne sait pas ce qu'elle paye » Le second volet de l'audit est tout aussi alarmant. Il concerne les évacuations sanitaires, poste de dépense le plus coûteux et le plus sensible de la Caisse. Là encore, la Cour relève « principalement un manque de traçabilité des dépenses engagées à l'étranger ».
La formule du Premier Président est brutale : « La CNAMGS, en réalité, ne sait pas ce qu'elle paye », estimant que certaines factures émises par des prestataires étrangers ne permettent pas toujours d'établir clairement la correspondance entre les dépenses engagées et les soins effectivement dispensés aux patients. Cette absence de contrôle nourrit une chaîne de dysfonctionnements déjà connue : retards dans le remboursement des structures de santé et des pharmacies conventionnées, perte de confiance des partenaires et complication de la prise en charge des assurés.
Ces deux dossiers – GEF et évacsan – font partie des principaux théâtres de dérives financières identifiés par la Cour dans le cadre du scandale des 1 700 milliards de FCFA de débets et d'amendes réclamés aux gestionnaires publics sur 20 ans. Face à l'urgence, la CNAMGS a annoncé la mise en place d'une task-force, un audit financier indépendant et le lancement imminent d'une application dédiée à la gestion des évacuations sanitaires pour améliorer la traçabilité des dossiers.
