Le Gabon, passoire migratoire : quand l'État démissionne
1,2 million d'étrangers : Le grand remplacement silencieux que l'État regarde passer
D e 17,7 % à 34,1 % de population étrangère en deux ans, le pays est submergé sous le regard impassible des autorités. Selon les données croisées de la Banque mondiale et du RGPL, la part de la population migrante au Gabon serait passée a 1,2 million d'étrangers pour 3,52 millions d'habitants. Une envolée historique qui propulse le Gabon au premier rang continental. Au-delà du rattrapage statistique, cette déflagration démographique révèle l'effondrement de notre souveraineté frontalière et l'impéritie coupable d'un État qui a renoncé à contrôler qui entre, qui reste et qui s'installe sur le sol national.
Il faut désormais appeler les choses par leur nom : le Gabon n'a plus de frontières. Il a des courants d'air. Le chiffre est brutal, vertigineux, presque inconcevable pour une nation de cette taille. En vingt-quatre mois à peine, la population étrangère aurait doublé, pour atteindre plus d'un tiers de la population totale. 1,2 million d'âmes. L'équivalent de la ville de Libreville tout entière, importée, installée, sans que jamais la puissance publique n'ait daigné en organiser, en anticiper ou simplement en expliquer les conditions. Que l'on ne nous serve pas la fable commode du « rattrapage statistique » lié à la décennie sans recensement. Cet artifice rhétorique ne saurait masquer l'évidence : l'État gabonais a failli. Il a failli à sa mission première, qui est de dire qui est Gabonais et qui ne l'est pas, qui a le droit de travailler sur notre sol et sous quelles règles, qui bénéficie de nos écoles, de nos hôpitaux, de nos infrastructures déjà exsangues.
Partout, le même constat accable. Des frontières terrestres poreuses où le poste-frontière n'est qu'une formalité symbolique. Des titres de séjour distribués avec une prodigalité clientéliste. Une régulation du travail informel inexistante, livrant des pans entiers de notre économie - BTP, commerce de détail, transport, agriculture périurbaine - à une concurrence déloyale et non déclarée qui paupérise le Gabonais modeste. C'est le triomphe du laxisme érigé en doctrine. Et pendant ce temps, dans les quartiers d'Akanda, d'Owendo, de Port-Gentil ou dans le Woleu-Ntem, les Gabonais s'inquiètent. Ils s'inquiètent à voix basse, car il est désormais suspect de s'inquiéter pour son propre pays. Ils voient leurs enfants peiner à trouver une place à l'école, leurs loyers exploser dans les zones d'accueil saturées, leurs centres de santé débordés. Ils voient surtout un État absent, qui planifie l'avenir sans compter ses habitants et qui compte ses habitants sans planifier leur avenir.
Cette angoisse n'est ni xénophobe ni fantasmée. Elle est légitime. Elle est celle d'un peuple qui a le sentiment lancinant d'être minoritaire chez lui, étranger dans sa propre maison, dépossédé du droit élémentaire de décider de son équilibre démographique, social et culturel. Il est temps de rompre avec la naïveté coupable. Une nation qui ne contrôle pas ses flux migratoires ne contrôle plus son destin. Il y a urgence à restaurer l'autorité de l'État : audit implacable des fichiers d'état civil et des titres de séjour, sécurisation réelle et matérielle des 2 500 kilomètres de frontières, politique ferme de lutte contre l'emploi illégal d'étrangers, et surtout, courage politique de dire la vérité aux Gabonais.
Le Gabon ne peut être la terre d'accueil de toute la misère du monde s'il devient incapable d'offrir un avenir à ses propres enfants.
