L'État-butin : Enquête sur le braquage le mieux organisé d'Afrique
Le continent ne souffre pas d'un excès de liberté, mais d'un excès de prédateurs au pouvoir
C e qui tue l'Afrique, ce n'est pas la démocratie. On nous répète que la démocratie serait un luxe occidental inadapté à l'Afrique. C'est un mensonge commode, inventé par ceux qui en profitent. Le vrai fléau de l'Afrique, ce n'est pas la démocratie, ce sont ses dirigeants. Une caste de présidents à vie et de dynasties familiales qui ont transformé l'Etat en butin et le pouvoir en rente. Pendant que le peuple vote avec ses pieds, eux comptent en mandats illimités.
LETTRE OUVERTE À UN CONTINENT PRIS EN OTAGE - Arrêtons de mentir. Ce n'est pas la démocratie qui a pillé les caisses. Ce n'est pas la démocratie qui a tripatouillé les Constitutions pour s'offrir un troisième, quatrième, cinquième mandat. Ce n'est pas la démocratie qui détourne les milliards du pétrole, du bois, du manganèse et de l'or vers des villas à Dubaï et des comptes à Paris. Ce sont des hommes. Avec des noms, des visages et des fortunes insolentes. Le modèle est désormais bien rodé. Un président arrive au pouvoir en dénonçant la corruption. Dix ans plus tard, il change la Constitution. Vingt ans plus tard, son fils est ministre de la Défense et son beau-frère contrôle le port. Trente ans plus tard, il parle encore de "stabilité" et de "paix", pendant que sa jeunesse meurt en Méditerranée ou dans les mines artisanales.
La mal gouvernance en Afrique n'est pas un accident. C'est un système. C'est un système où l'on vote des budgets d'hôpitaux sans hôpitaux, des routes sans bitume, des écoles sans enseignants. Où l'opposant devient "terroriste", le journaliste "agent de l'étranger", et le jeune qui manifeste "ennemi de la nation". Où l'armée est mieux équipée pour réprimer une marche que pour sécuriser une frontière. Les dirigeants totalitaires africains ont compris une chose : il suffit de diaboliser la démocratie pour mieux la confisquer. Ils agitent le spectre du chaos, du tribalisme, du néocolonialisme, juste pour garder le fauteuil. Ils disent "l'Afrique n'est pas mûre pour la démocratie", mais ils sont bien mûrs pour s'enrichir.
Le résultat est là, implacable. Le continent le plus riche en ressources naturelles est celui qui exporte le plus de pauvres. Le continent le plus jeune du monde est gouverné par les hommes les plus vieux du monde. Le continent qui a inventé la palabre est celui où l'on a le plus peur de parler. Ce qui pose problème à l'Afrique n'est pas le bulletin de vote. C'est la main qui le vole.
Tant que la présidence sera vue comme un héritage et non comme un service, tant que l'impunité sera la seule loi non négociable, l'Afrique ne manquera de rien, sauf de l'essentiel : des dirigeants à la hauteur de son peuple.
