DIASDEV : la diaspora gabonaise au cœur d’une nouvelle stratégie de financement de l’économie
Au Gabon, l’épargne de la diaspora pourrait progressivement devenir une source de financement pour les investissements productifs. C’est l’une des ambitions du projet DIASDEV, qui accompagne la mise en place de mécanismes destinés à mieux orienter les ressources financières des Gabonais établis à l’étranger vers le développement économique national.
S outenu par l’Agence française de développement (AFD) et mis en œuvre par Expertise France, le programme « Diaspora et développement » entend faire évoluer la perception du rôle économique de la diaspora. Celle-ci n’est plus seulement considérée comme une source de transferts d’argent destinés aux familles restées au pays, mais comme un potentiel investisseur et épargnant de long terme.
Les transferts effectués par les ressortissants africains vivant à l’étranger occupent déjà une place importante dans les économies du continent. Mais une partie de ces ressources reste principalement destinée aux dépenses courantes des ménages. Avec DIASDEV, l’objectif est d’explorer une autre possibilité : permettre qu’une partie de cette épargne soit placée dans des dispositifs financiers formels et puisse, à terme, contribuer au financement de projets économiques. Pour le Gabon, cette orientation pourrait ouvrir de nouvelles perspectives dans des secteurs tels que l’agriculture, l’immobilier, les infrastructures, l’énergie ou encore l’accompagnement des entreprises. L’enjeu consiste donc à créer un lien plus direct entre l’épargne détenue par les Gabonais de l’extérieur et les besoins de financement de l’économie nationale.
Dans cette démarche, les Caisses des dépôts et consignations (CDC) occupent une position importante. Le projet DIASDEV travaille notamment sur les conditions permettant à ces institutions de proposer des solutions financières adaptées aux attentes des diasporas. Au Gabon, une étude de faisabilité doit notamment permettre d’évaluer la possibilité de mettre en place un produit d’épargne spécifiquement destiné aux ressortissants gabonais vivant à l’étranger. L’idée est de proposer un cadre permettant à ces derniers de placer leur argent dans un dispositif sécurisé, transparent et adapté à leurs besoins, tout en contribuant au financement de l’économie. La réussite d’un tel dispositif dépendra cependant de la confiance accordée aux mécanismes proposés.
Pour convaincre les membres de la diaspora d’investir davantage dans leur pays d’origine, plusieurs éléments devront être clairement définis : la sécurité des fonds, les conditions de rémunération de l’épargne, les modalités de gestion et la destination des ressources collectées. Le cadre juridique constitue également un élément essentiel. DIASDEV prévoit ainsi des travaux portant sur les réglementations applicables aux produits d’épargne, notamment dans l’espace CEMAC et au niveau des législations gabonaise et camerounaise. Cette dimension réglementaire doit contribuer à sécuriser les opérations et à préciser les responsabilités des différents acteurs impliqués. Une stratégie qui nécessite plusieurs partenaires La mobilisation de l’épargne de la diaspora ne peut reposer sur une seule institution.
La mobilisation de l’épargne de la diaspora ne peut reposer sur une seule institution. Elle suppose une collaboration entre les pouvoirs publics, les établissements financiers, les banques centrales, les Caisses des dépôts, le secteur privé ainsi que les organisations représentant les communautés établies à l’étranger. Cette coopération doit permettre de construire des produits financiers correspondant réellement aux attentes des investisseurs de la diaspora. Les consultations organisées dans plusieurs pays partenaires du programme, notamment au Gabon, au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Bénin et en Tunisie, participent à cette démarche. Elles permettent de recueillir les attentes des communautés concernées et d’identifier les principaux obstacles qui peuvent freiner leur participation au financement du développement.
Le Gabon face à une opportunité économique Pour le Gabon, la question revêt un intérêt particulier dans un contexte où la diversification des sources de financement de l’économie constitue un enjeu majeur. L’épargne de la diaspora représente un potentiel qui pourrait être davantage structuré. Encore faut-il créer les conditions nécessaires pour que les ressortissants vivant à l’étranger aient intérêt à investir dans des mécanismes formels plutôt que de privilégier uniquement les initiatives individuelles. Le défi consiste ainsi à transformer une relation fondée principalement sur les liens familiaux et affectifs avec le pays en une véritable relation économique.
Vers un nouveau rôle pour la diaspora ? L’ambition de DIASDEV dépasse finalement la création d’un simple produit financier. Le projet cherche à favoriser l’émergence d’une diaspora davantage associée aux politiques de développement et au financement de l’économie de son pays d’origine. Si les conditions de sécurité, de transparence et de rentabilité sont réunies, une partie des ressources détenues par les Gabonais de l’étranger pourrait être orientée vers des investissements générateurs de valeur et d’emplois. Le véritable enjeu sera donc de passer du potentiel financier à des mécanismes concrets et durables. À terme, le modèle recherché repose sur une chaîne simple : mobiliser l’épargne, la transformer en investissement, financer des projets, créer de la valeur et contribuer au développement économique du Gabon.
Lancé en 2023 et prévu jusqu’à fin 2026, DIASDEV pourrait ainsi contribuer à poser les bases d’une nouvelle relation entre le Gabon et sa diaspora, dans laquelle cette dernière ne serait plus seulement un soutien financier aux familles, mais également un partenaire du développement économique national.
