Porosité frontalière : Les deux visages de la menace aux portes du Gabon
Gabon : Des frontières pacifiques mais sous haute surveillance
S i Libreville ne connaît aucun conflit territorial avec le Cameroun et la République du Congo, la porosité de ses 2 201 km de frontières communes fait peser de lourds risques sécuritaires, migratoires et économiques
Le Gabon partage 2 551 km de frontières terrestres, dont 1 903 km avec la République du Congo au sud et à l'est, et 298 km avec le Cameroun au nord. Héritées de l'époque coloniale française et allemande, ces deux limites sont juridiquement stables et ne font l'objet d'aucune revendication ni occupation militaire.
Mais cette paix juridique masque deux vulnérabilités opposées. Au nord, la zone du tripoint Bitam - Kyé-Ossi - Abang-Minko'o, au cœur du pays Fang, est l'une des plus actives de la CEMAC. Matérialisée par les rivières Kyé et Ntem, la frontière y est vécue comme une continuité culturelle. La forte interpénétration commerciale alimente le marché carrefour de Kyé-Ossi, à 20 km de Bitam, mais nourrit aussi une économie informelle massive : contrebande de carburant, trafic de devises et circulation de personnes sans contrôle sur de multiples pistes forestières.
À l'est et au sud, le défi est inverse : celui du vide. Sur 1 903 km de forêt dense du bassin du Congo, de la Ngounié aux plateaux Batéké, la présence étatique est quasi nulle. Cette immensité favorise le braconnage transfrontalier, le trafic de bois précieux et l'orpaillage illégal, et rend le Gabon vulnérable en cas de crise politique à Brazzaville.
Pour Libreville, l'enjeu est désormais commun : transformer ces lignes héritées de l'AEF en véritables zones de développement. Le projet de route Ndendé - Doussala - Dolisie et la modernisation de l'axe Bitam - Eboro - Ambam, soutenus par la BAD et l'UE, doivent permettre de sécuriser la souveraineté tout en désenclavant le sud et le nord du pays.
