Biens mal acquis : le clan Ali Bongo dans le viseur de la justice.
Selon un article de Jeune Afrique, les autorités gabonaises auraient engagé, depuis le changement de régime d’août 2023, un vaste processus visant à identifier et, lorsque les conditions judiciaires seraient réunies, récupérer certains avoirs attribués à l’ancien pouvoir. Une opération qui pourrait dépasser largement les frontières du Gabon.
L a chute d’Ali Bongo Ondimba, en août 2023, n’aurait pas seulement marqué la fin d’une longue séquence politique. Elle aurait également ouvert un important chantier patrimonial et judiciaire. Les autorités gabonaises chercheraient désormais à retracer certains biens, participations et intérêts économiques qui seraient associés à l’ancien pouvoir et à son entourage.
D’après les éléments rapportés par Jeune Afrique, plusieurs services de l’État auraient été mobilisés sous l’autorité du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, afin d’identifier les actifs susceptibles d’être concernés par les procédures engagées. Parmi les acteurs cités dans ce dispositif figureraient notamment Davy-Steve Yalis pour le volet des investigations et Diane Moussounda, à la tête de l’Agence judiciaire de l’État, pour le volet judiciaire. Sylvia Bongo et Noureddin, premier front judiciaire L’un des dossiers les plus sensibles concernerait Sylvia Bongo Valentin et son fils, Noureddin Bongo Valentin. Tous deux auraient été condamnés par contumace en novembre 2025 à vingt ans de réclusion criminelle ainsi qu’à une amende de 100 millions de FCFA. Des mesures portant sur certains biens et intérêts économiques auraient également été prononcées au profit de l’État. Ces décisions constitueraient l’un des volets d’une opération plus vaste de récupération patrimoniale.
Au-delà du dossier concernant l’ancienne Première dame et son fils, les investigations porteraient également sur des actifs qui auraient été constitués ou détenus par différentes branches de la famille Bongo. Un patrimoine aux ramifications internationales Sociétés, participations, propriétés immobilières et autres intérêts économiques : les enquêteurs devraient désormais tenter de reconstituer, pièce après pièce, un ensemble patrimonial dont certaines composantes pourraient se trouver à l’étranger. C’est précisément sur ce terrain que la procédure pourrait devenir particulièrement complexe. Lorsqu’une décision de justice gabonaise concerne un bien ou un actif situé à l’étranger, son exécution ne serait généralement pas automatique. L’État gabonais devrait alors obtenir, conformément au droit du pays concerné et aux conventions applicables, la reconnaissance de cette décision par les juridictions étrangères.
C’est notamment dans ce cadre que pourraient intervenir les procédures d’exequatur. La bataille patrimoniale pourrait ainsi dépasser les frontières gabonaises et se déplacer vers plusieurs juridictions étrangères si des actifs susceptibles d’être concernés venaient à y être identifiés. Combien de milliards pourraient être récupérés ? C’est l’une des principales inconnues de cette opération. Identifier un patrimoine, établir juridiquement son origine, obtenir une décision de justice, faire reconnaître celle-ci à l’étranger puis parvenir effectivement à récupérer les actifs constituent autant d’étapes distinctes. Le montant réellement récupéré ne pourrait donc être établi qu’au terme des différentes procédures. Une question demeure ainsi au cœur de cette vaste opération : quelle serait, au terme de cette traque, la valeur réelle des avoirs qui pourraient être identifiés, saisis puis effectivement récupérés au bénéfice de l’État gabonais ?
Pour l’heure, selon les informations rapportées par Jeune Afrique, le processus se poursuivrait. Et avec lui, une bataille judiciaire et patrimoniale dont certaines prochaines étapes pourraient se jouer bien au-delà de Libreville.
