Marchés publics : Quand l'administration finance sa propre arnaque
Des entreprises souvent créées par des étrangers encaissent des milliards sur fonds publics gabonais puis disparaissent sans livrer les chantiers. Sans caution, sans garantie et sans mandat d'arrêt, l'impunité est totale.
C 'est le maillon faible de la commande publique gabonaise. Une mécanique bien huilée : une entreprise écran, souvent gérée par des opérateurs étrangers sans ancrage local, remporte un marché juteux, perçoit des avances colossales et s'évapore. L'administration, coupable de naïveté ou de complicité, ne sécurise rien. Et l'argent du contribuable s'envole.
Qui contrôle vraiment à qui l'État confie ses milliards ? La question n'est plus rhétorique, elle est vitale. Le mode opératoire est désormais connu de tous dans les couloirs des ministères. Une société nouvellement créée, avec un gérant étranger, soumissionne. Elle obtient des facilités déconcertantes, des avances de démarrage de 30, 40, voire 60% sans caution bancaire de premier ordre. Puis, une fois le virement effectué, plus rien. Chantier à l'abandon, bureaux fermés, numéros coupés. L'affaire Jeta Groupe (Collectivités locales) : Une société payée à hauteur de 338 millions de FCFA pour des travaux d'assainissement qui n'ont jamais été exécutés sur le terrain.
Autre cas d'école : l'affaire Goran. C'est l'exemple récent le plus emblématique de cette gabegie. Citée dans de nombreux rapports et dénonciations, l'entreprise Goran aurait, selon les informations qui circulent, perçu près de 3 milliards de FCFA au titre d'acomptes sur des travaux d'infrastructures qui n'ont jamais vu le jour. Aujourd'hui, ses responsables sont injoignables, volatilisés dans la nature. Bilan : pas de chantier, pas de remboursement, et surtout, aucun mandat d'arrêt international émis. L'État paie, constate, et passe à autre chose. Avec l'argent de qui ?
Ce laxisme est une faute administrative grave. Comment peut-on décaisser 3 milliards sans exiger une garantie à première demande d'une banque locale ? Comment peut-on payer une entreprise sans retenir une garantie de bonne exécution de 10% ? Comment un étranger sans titre de résidence longue durée et sans patrimoine saisissable au Gabon peut-il engager la responsabilité d'une société à 1 million de capital pour un marché de plusieurs milliards ? Cette complaisance est une prime à la fuite.
Nos propositions pour sécuriser les fonds publics : 1. Tolérance zéro sur les garanties : Aucune avance sans caution bancaire à première demande domiciliée au Gabon à hauteur de 100% de l'avance. Aucun marché sans retenue de garantie de 10% consignée au Trésor. 2. Ancrage juridique obligatoire : Interdiction d'attribuer un marché supérieur à 500 millions FCFA à une entreprise dont le gérant étranger ne dispose pas d'un patrimoine immobilier ou d'un compte séquestre au Gabon. 3. Sanction pénale immédiate : La disparition après encaissement d'avance publique doit être qualifiée d'escroquerie aggravée et de détournement de deniers publics. Émission systématique d'un mandat d'arrêt international et d'une notice rouge Interpol dans les 72 heures. 4. Blacklist publique : Création d'un fichier national des entreprises et gérants défaillants, avec interdiction à vie de soumissionner à la commande publique au Gabon et publication au Journal Officiel.
Il est temps que l'administration cesse d'être le distributeur automatique de l'argent public pour des opérateurs fantômes. On ne développe pas un pays en finançant des disparitions.
