Mairie de Libreville : les débrouillards mettent la mairie face à ses propres textes
Droits de place, liberté syndicale : le Syndicat des Débrouillards du Gabon et l’ONG Solidarité pour le Développement du Gabon ont décidé de laisser le juge trancher.
L IBREVILLE, 24 août 2026. Cette fois, la contestation ne restera pas au comptoir d’un marché. Elle prend le chemin du tribunal. Au cœur du litige : les prélèvements imposés aux commerçants dans les marchés de Libreville et certaines restrictions visant les organisations syndicales et associatives.
Face à la multiplication de mesures municipales qu’ils estiment contestables, BEYEME BE NGUEMA Alvaresse, président du Syndicat des Débrouillards du Gabon, et Steeve Gabriel MVE NGOMO, président de l’ONG Solidarité pour le Développement du Gabon, ont choisi une arme redoutable : le droit.
Quand le petit commerçant décide de sortir du silence : Pour ces deux responsables, le problème ne se résume pas à quelques centaines de francs supplémentaires réclamés quotidiennement aux vendeurs. Ils mettent directement en cause la conformité de certains prélèvements municipaux avec les dispositions nationales. Leur argumentation s’appuie notamment sur la Loi de Finances rectificative de 2009, dont les articles 16, 17 et 18 encadreraient le droit de place à 500 F CFA. Or, dans les marchés concernés, les montants réclamés auraient pu atteindre 1 000, voire 2 000 F CFA, sur la base de textes municipaux adoptés en 2014 et 2015. C’est précisément là que le bât blesse : une mairie peut-elle fixer ses propres règles fiscales lorsqu’elles semblent dépasser le cadre fixé par la loi ? La question est désormais entre les mains du juge administratif.
Autre point chaud : l’arrêté municipal n°1441. Les requérants contestent les dispositions qui, selon eux, auraient pour effet de limiter les activités syndicales et associatives dans les marchés. Une restriction loin d’être anodine. Car derrière l’activité syndicale, c’est la capacité des commerçants à se regrouper, à défendre leurs intérêts et à dialoguer collectivement avec l’administration qui est en jeu. BEYEME BE NGUEMA Alvaresse et Steeve Gabriel MVE NGOMO invoquent ainsi les garanties constitutionnelles relatives aux libertés syndicales. Autrement dit, pour eux, un marché municipal ne saurait devenir une zone où les droits constitutionnels seraient suspendus à l’entrée.
La mairie désormais contrainte de s'expliquer Avec la saisine du Tribunal Administratif de Libreville, le débat change de dimension. Ce qui pouvait jusque-là apparaître comme une querelle entre commerçants et administration municipale devient une véritable question de droit : les décisions prises par la mairie respectent-elles les limites fixées par les textes supérieurs ? Les requérants ont notamment versé au dossier un procès-verbal d’huissier de justice, destiné à documenter certains éléments du contentieux. La Justice devra donc examiner les arguments des différentes parties avant de se prononcer.
Un dossier qui pourrait faire jurisprudence : L’intérêt de cette bataille dépasse largement les seuls marchés de Libreville. Si le Tribunal Administratif venait à donner raison aux requérants, la décision pourrait relancer le débat sur les marges de manœuvre des collectivités locales en matière de prélèvements et de réglementation des espaces commerciaux. À l’inverse, une validation des mesures contestées conforterait la position de la municipalité. Une chose est désormais certaine : les débrouillards ont décidé de ne plus seulement débrouiller leur quotidien. Ils veulent aussi débrouiller le droit.
Et cette fois, ce n’est ni le commerçant, ni le syndicaliste, ni le responsable associatif qui aura le dernier mot. Ce sera le juge.
